Type d'événement, date(s) et adresse(s)Journée(s) d'étude
Du à 10h au à 13h.
Auditorium de l’Humathèque (RDC gauche)
Cour des Humanités, Aubervilliers,
métro Front populaire (ligne 12)

Mémoires et accueil des migrant.e.s

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Chercheur(s) associé(s) Evelyne Ribert Évelyne Ribert
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Organisées en clôture du projet “Mémoires traumatiques et accueil des migrant.e.s” par M. Baussant, G. Fabbiano,M. Kokkinou, E. Ribert, N. Venel.

Financé par la plateforme “Mémoire et résilience“, INSHS, 2021.

 

Le projet « Mémoires traumatiques et accueil des migrant.e.s » traite des implications sociopolitiques et morales de la mobilisation de références à des passés, notamment à ceux définis comme traumatiques, de violence, de ruptures sociale et biographique (y compris et notamment via les migrations), dans l’accueil ou le rejet, l’empathie et l’hostilité envers les exilé.e.s aujourd’hui à une échelle locale. Il part d’un questionnement sur un lieu commun souvent peu discuté et sous analysé dans de nombreux travaux en sciences humaines et sociales, à l’exception de la psychologie sociale : à savoir qu’une expérience antérieure, notamment vécue comme traumatique – qu’elle soit de migration forcée, de guerre, de régime autoritaire…- prédispose à une attitude empathique ou une forme d’affinité envers une personne ayant vécu une expérience similaire. Force est de constater cependant que le rappel, comme les usages de ces références, peuvent souvent tout autant faire émerger des formes d’empathie que des réactions de rejet ou d’indifférence. Aussi il s’agit de décrire et d’analyser comment ces références, mobilisées de manière contextuelle, et se recoupant souvent avec d’autres caractéristiques (mineurs/majeurs, genre, ethnicité, sexualité, affiliation confessionnelle etc.), ou au contraire, leur absence, volontaire ou non, font (ou défont) des « communautés d’expérience » qui incluent certain.es et excluent d’autres. Le terrain d’enquête a été réalisé en proche banlieue parisienne sur un territoire d’installation et d’expériences de migrations diverses sur le temps long, confrontés à la mise en place de campements actuels et passés d’exilé.e.s. Des personnes qui ont monté un collectif pour venir en aide aux exilés ont été interrogés, tout comme des acteurs municipaux et des personnes résidant à proximité immédiate d’un campement. 

L’objectif de ces journées d’étude est d’échanger avec des chercheur.e.s ayant travaillé sur des problématiques proches afin de comparer nos résultats et analyses. La comparaison se fera d’abord avec d’autres travaux réalisés à l’étranger, puis en France. 

 


Lundi 20 novembre 

10h00-13h00 : Présentation et discussion des résultats du projet

10h00 - 11h00 : Présentation des résultats : Michèle Baussant (CEFRES, ISP, Fellow ICM), Giulia Fabbiano (IDEMEC), Maria Kokkinou (LAP, Fellow ICM), Evelyne Ribert (LAP, Fellow ICM), Nancy Venel (Triangle, Université Lyon 2)

 Pause

11h30-13h00 : Discussion

14h30-18h00 : Comparaisons internationales

14h30-15h : Raphaël Botiveau : (cinéaste et politiste, Chercheur affilié à l’Institut des mondes africains et à l’Institut des Migrations) : « Notre vie était comme une guerre qui ne finissait jamais.»  

La frontière italo-française, Briançonnais et Val de Suse, se déploie sur des cols alpins relativement bas. Elle est et a été de longue date un lieu de franchissement privilégié de la chaîne de montagne qui, à l’époque contemporaine, sépare deux États-nation, France et Italie. Au gré de ses fermetures politiques et policières, cette frontière redevient un obstacle et la traverser clandestinement un danger dans un pays de montagne exposé aux rigueurs de l’hiver. Pour celles et ceux qui passent comme pour les gens du pays, la mémoire des blessures de la frontière – les corps exposés au grand froid en particulier – donne une dimension locale forte et singulière à son franchissement. Cette présentation s’appuiera sur le documentaire sonore Comme une guerre qui ne finissait jamais (2020), qui met en relation des expériences passées et contemporaines du passage de la frontière italo-française.  

15h-15h30 : Louise Lhombert (Post-doctorante - Institut d'ethnologie - Université de Neuchâtel (Suisse), Fellow ICM) : « Vollem acollir ou le devoir d’hospitalité des Barcelonais.es : quand l’histoire donne un sens aux politiques locales d’accueil des exilés.es »

En 2015, face à l’augmentation de la demande d’asile en Europe et à la très médiatique “crise des réfugiés”, plusieurs métropoles européennes s’autodéclarent “villes-refuges” et tentent de mettre en place leurs propres politiques d’accueil municipales à destination des personnes exilées. Barcelone fait partie de ces villes. Pour mobiliser les acteurs locaux et la population autour de son projet « Barcelona Ciutat Refugi », l’équipe municipale a construit tout un imaginaire politique. Les valeurs et les discours visent également à légitimer le nouveau rôle que ces municipalités entendent jouer dans la gouvernance de l’asile et de l’immigration. Après avoir étudié les discours publics de l’équipe municipale entre 2015 et 2021, mais aussi les propos d’acteurs de la société civile mobilisés dans l’accueil des réfugié.es, différents procédés argumentatifs récurrents ont été identifiés, dont la mobilisation de références au passé et à la tradition.  Le recours à l’histoire apporte une épaisseur temporelle et culturelle à la politique locale et aux mobilisations citoyennes. Il leur retire le caractère « nouveau » pour leur donner une forme d’évidence « naturelle » et en fait d’office une prérogative presque habituelle des municipalités ou un élément structurel de l’identité catalane. La construction d’une hospitalité municipale historique permet notamment de créer un socle de références passées communes entre les acteurs locaux auquel ils peuvent se référer : ils partagent ainsi une identité commune, faisant du lien, favorisant le consensus entre eux et dès lors l’acceptabilité du projet de la “ville-refuge”. 
 
15h30-16h00 : Valentina Zagaria (Research Associate - Leverhulme Fellow, Social Anthropology Department, University of Manchester) : « La solidarité des « inconnus » face aux frontières meurtrières en Tunisie » 

Au début du mois de septembre 2022, des familles de personnes migrantes disparues d’Afrique du Nord et de l’Ouest, ainsi que des militant.es des deux côtés de la Méditerranée, se sont rassemblé.es dans la ville côtière de Zarzis, dans le sud-est tunisien. La ville a été choisie pour cette « CommémorAction » – ainsi que pour plusieurs autres initiatives militantes transnationales de ces dernières années visant à résister à la violence frontalière – en raison de l’implication de certains de ses pêcheurs et de ses citoyen.nes dans des actions de solidarité avec les personnes en mouvement. Zarzis a également été choisie parce qu’elle abrite un cimetière de personnes inconnues percues comme provenant d’autres pays d’Afrique et ayant perdu la vie en tentant la traversée vers l’Italie. Les familles et les militant.es ont échangé sur l’histoire de la politisation de leur deuil dans leurs différents pays, sur la recherche des disparu.es, sur les expériences juridiques et de protestation qu'iels ont accumulées, sur les procédures d’identification et sur la manière d’avancer ensemble en tant que mouvement interconnecté. 

Quelques semaines après ce rassemblement, le 21 septembre 2022, un groupe de dix-sept jeunes originaires de Zarzis se sont embarqués en direction de l’Italie depuis l’une des plages de la ville d’où des tunisien.nes ainsi que des ressortissants d’autres pays africains tentent la traversée depuis des années. Après des jours de silence de la part de leurs proches et d’inaction de la part des autorités, les pêcheurs locaux ont organisé la première de plusieurs équipes de recherche autonomes, tandis que les familles bloquaient leur quartier en signe de protestation. Les citoyen.nes ont alors découvert que plusieurs corps avaient été enterrés expéditivement et sans identification dans le cimetière des inconnus. Cristallisant les horreurs causées par l’externalisation des frontières de l’UE vers des pays comme la Tunisie – ainsi que les niveaux de négligence et de mépris de la part des autorités locales, nationales et internationales – l’enterrement de jeunes locaux dans le jabbanat al ghorabé(cimetière des inconnus) a déclenché ce que l’on a appelé l’intifada al ghorabé (soulèvement des inconnus). Le mouvement de protestation qui s’en est suivi a impliqué toute la ville ainsi que sa diaspora en Europe et a duré plus de cinq mois.  

Basé sur un engagement au sein de la « CommémorAction » et dans ce mouvement social, et contextualisé par une recherche ethnographique de longue durée dans la ville depuis 2015, cette présentation explore comment les luttes pour la vérité, la justice et la dignité pour les disparu.es et les mort.es.inconnu.es à la frontière peuvent créer des solidarités à la fois inclusives et exclusives. 

Pause

16h30-18h : Discussion

Mardi 21 novembre

9h-13h : Comparaisons locales 

9h-9h30 : Morane Chavanon (enseignante-chercheuse à l'ENSEIS et membre associée de l'Institut Convergence Migrations) : "Ici, personne ne dort à la rue!", localisation de l'accueil et pratiques d'hospitalité envers les exilé.es en milieu rural

Cette communication s’appuie sur une recherche postdoctorale menée entre 2020 et 2022 sur l’accueil de personnes exilées dans les territoires ruraux. En 2015, ce qui fut appelé "crise migratoire", puis la réforme de l'asile et l'opération de "démantèlement "de la "jungle" de Calais ont reconfiguré les rapports Etat/territoires locaux au sein d'une politique d'accueil principalement axée sur la répartition spatiale des personnes exilées. Grâce à une démarche ethnographique menée dans le bassin de la petite ville d’Orlay, auprès de collectifs et d'associations intervenant aux côtés de personnes migrantes, essentiellement déboutées de leur demande d’asile, nous avons interrogé l'émergence de la préoccupation migratoire en milieu rural. Nous nous sommes intéressée aux trajectoires des personnes mobilisées, ainsi qu'à la variété des pratiques et des formes d'engagement qui en sont nés. Comment la cause de l'accueil s'est-elle imposée dans l'espace politique local et selon quels processus de politisation ? Comment l'interconnaissance caractéristique des rapports sociaux en milieu rural (Mischi, Renahy, 2008) travaille-t-elle les pratiques hospitalières à l'égard des personnes exilées ? Et pour ces dernières, comment le territoire d'arrivée et la composition du milieu local d'accueil façonne les possibles d'un "rester vivre" à la campagne ?

9h30- 10h : Lison Leneveler (Docteure en droit public et salariée de l’association Modus Operandi, chercheure associée au Centre de Recherches Juridiques (CRJ), à l’Université Grenoble Alpes), « La fabrique d’une compétence communale de l’accueil des personnes exilées, l’illustration de Villeurbanne ».

L’accueil des personnes exilées au niveau local se dessine comme le fruit d’une imbrication de pratiques qui s’exercent non seulement dans des cadre prédéfinis, soit en collaboration avec l’État, soit sur le fondement des compétences de la commune, mais aussi en dehors, du fait d’impulsions locales. La commune devient à son échelle, un véritable observatoire et laboratoire du droit de l’action publique en faveur de l’accueil sur laquelle cette contribution propose de revenir, à partir d’une enquête de terrain menée pendant quatre ans au sein de la Ville de Villeurbanne. Au croisement du droit et de l’action publique locale, cette contribution documente l’émergence d’une « compétence de fait » de l’accueil des personnes exilées afin de pallier les carences de l’État dans la protection qui lui incombe des droits fondamentaux de ces personnes. Renversant la dynamique descendante du droit de la décentralisation, la commune construit, sous l’injonction de la société locale aux prises avec des situations sociales de précarité et, à partir des ressources locales et permises par le droit, une politique urbaine d’accueil novatrice partiellement en rupture avec les politiques migratoires sécuritaires de l’État.

10h-10h30 : Évangeline Masson-Diez (Lirtes, ICM) : « Récits et parcours d’engagement d’hébergeurs et hébergeuses solidaires »

Lors de ma thèse, soutenue en 2020, j’ai travaillé sur les pratiques d’hospitalité à l’égard des jeunes exilés à Paris. Lors de ce travail, j’ai tenté de définir les pratiques d’aide et d’hospitalité privée du point de vue des hébergeuses et des coordinatrices. A partir de cette étude et des profils types des accueillantes que j’y ai développés, je propose d’interroger les causes et les émotions favorisant le passage à l’acte. En outre, à partir d’entretiens et de terrains complémentaires menés en Bretagne, à Avignon et à Bordeaux, je tenterais de m’interroger sur la manière dont l’hospitalité privée prend la forme d’une lutte intime micro-politique croissant politisation du proche et personnification de l’expérience politique. 

Pause

Discussion : 11h-13h. 

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